Le territoire de Belfort en enduro

Jour 1

An de grâce 2011, 14 Julius. Bon 14 juillet 2011 en fait..

Une sainte croisade Franco-Suisso-Polonaise prend la direction des territoires de l’est.

Leur mission (si ils l’acceptent), dompter de viles créatures autrichiennes à travers bois et fossés. Le message s’autodétruira tout ça tout ça…
Nous voilà donc partis avec Thierry (aka « cavapasunpeuvitelà ? »), Didier (aka « fullGAAAAZZ») et votre serviteur ( aka « c’estplusdesmainsc’estdessteaks » ) en direction du territoire de Belfort et sa charmante commune de Champagney , charmante région méconnue au demeurant mais réputée pour ses 1000 étangs autour desquels nous sommes appelés à batifoler (en moto, moto !)

Pour situer l’endroit : Vous voyez la Bretagne ? Bon bein c’est à l’exact opposé mais c’est tout autant arrosé voir même plus.

Après 3h30 de route sous les conseils avisés de 3 GPS donnant chacun des routes différentes, nous débarquons dans notre charmant hôtel où nous attendent notre guide et les 5 autres participants au tour. 2 Allemands (acht !), 2 suisses jurassiens (helloooooeeuuu) et… un ricain (Hi Guy’s) ! Un vrai de la Californie qui parle comme un chewing-gum. Groupe hétéroclite et hétérogène (aucun rapport avec le sexe pour ceux du fond).

Et pis y’a LE guide, celui qui paye pas trop de mine, qui tape la 50aine mais qui a ce je ne sais quoi qui te fais penser que ca doit pas être un manche… Dans le groupe personne percute..sauf quand il me dit son nom Salvador..Gilles Salvador…C’est là que je me dis qu’on va souffrir. Court résumé du palmarès du Monsieur :
Champion d’Europe & de France de supermotard, vainqueur de la catégorie mono du Dark Dog Tour et des tonnes de podiums à Mettet en Belgique, en Italie en SM + 4 Dakars … Bon on n’est pas la pour du SM (Next time) mais le bonhomme n’est pas un manche en enduro, on va rigoler.

Après un solide repas, on enfile nos tenues de lumières et on découvre les engins à dompter, Des KTM 450 exc-r 2010 encore propres…

Plus toutes neuves mais vu les outrages qu’on va leur faire subir c’est peut-être pas plus mal. On inscrits nos prénoms sur les plaques numéros et on part pour une après-midi de roulage /testing.

Si Thierry (un peu) et Didier (beaucoup) continuent à pratiquer l’enduro, pour ma part je n’ai plus roulé sur une brêle depuis 3 ans (la Super Ténéré pour aller travailler ça compte pas). Je me demande si les automatismes vont revenir en même temps que la technique (je vais vite découvrir que non en fait..). D’autant plus que l’on a choisi le niveau de stage le plus dur, question qu’on en bave bien.
J’appréhende un peu plus les ampoules aux mains, problème que je sais récurrent chez moi.

Après une brève liaison routière on pose enfin nos tétines dans les chemins boueux de Champagney, on est ravi ca fait 6 mois qu’on attend ce moment et que l’on a entretenu à coup de mails.
Les chemins sont superbes, vallonnés avec des passages en sous-bois, la terre est souple comme il faut grâce aux pluies du début de semaine.

On découvre nos motos, un moteur bombesque dans un châssis vif, très court on a l’impression de perdre l’avant tout le temps, seul solution mettre de gaz, ce que fait le guide (et Didier qui va tout de suite mériter son surnom « fullgaz »), mais comme entame c’est un peu surprenant.
On file bon train dans les bois jusqu’à la première montée un peu chère, où les 4 premiers vont passer (les bons en fait,les deux allemands, Didier et un des suisses) et où le reste va joyeusement s’empiler et jardiner pendant 20 mn.

On finit par sortir de là déjà bien entamés et on repart bon train.
Aujourd’hui est un beau jour pour pourrir a du se dire Didier qui fait connaissance avec ses « nouveaux amis » allemands à grands coups de gerbes de terre dans la tronche on n’est pas loin de déclencher la 3e (guerre)…On perd le ricain qui a lui-même perdu sa camera en se prenant un arbre dans la gueule (Camera qu’on retrouvera 2 jours plus tard !!) et on continue notre balade qui s’agrémente de bourbiers et de montées dont une plutôt banale dans laquelle je vais bien galérer sous les quolibets de mes camarades de jeu.
On marquera une pause chez le guide qui nous offre de salvateurs coca et bières. Bières très appréciées par notre ami qui vit de l’autre coté de l’atlantique… Un peut-être trop même puisqu’il se perdra pour la deuxième fois au moment de repartir…Pourtant ce n’est pas dur de ne pas se perdre, suffit de suivre les tranchées que laisse Didier à coup de gaz… (Jamais fatigué le bonhomme)
On finit cette journée sans encombre, mes premières ampoules apparaissent, il est temps de rentrer à l’hôtel où nous attend piscine, hammam, jacuzzi…

Quand on sait qu’on n’a même pas à faire l’entretient des motos, on se prendrait presque pour des pilotes d’usine. Presque hein parce que dans les bois on en mène par large…

On finit la journée au bal du coin (14 juillet oblige) ou plutôt au bar du bal et où l’on signe un pacte de non agression franco-allemand. Demain grosse journée !

Jour 2

Décollage à 9h30 avec un nouveau guide qui roule moins vite que Gilles mais nous ménage pas niveau passages couillus, on passe la matinée à serpenter à travers des sous-bois qui changent constamment de teintes, un coup recouvert de feuilles un coup très boueux, on débouche sur les fameux étangs qui constellent le coin, c’est absolument splendide on en prend plein les yeux sans parler des odeurs typiques (Ah l’odeur de la boue qui sèche sur un échappement brûlant, tout un poème !).
Les poses photos sont bienvenues tant pour le repos qu’elles permettent que les panoramas superbes.

On se perdra aussi deux, trois fois l’occasion de faire des demi-tours sur place à grands coups de gaz (Comment on dit « Désolé de t’avoir crépi la gueule en allemand » déjà ?)
La matinée s’écoule, l’ambiance est bonne dans le groupe, bon les 2 allemands font un peu bande à part mais ils parlent mal l’anglais et pas un mot de français. Et comme Didier a déclenché les hostilités la veille ils sont un peu sur la défensive les pooovres.
Notre américain suit le rythme au grand étonnement de tout le monde, dans un style fort peu académique, puisqu’il affronte les difficultés assis. Tout le temps. Il ne se lève jamais !

En même temps l’enduro chez les ricains, c’est fond de 6 dans le désert, alors forcement les remontées de ruisseau sur 800 m en première au milieu des pierres c’est un concept nouveau pour lui.
13h00 sonnent et nous nous attablons dans une auberge perdue au fond des bois, auberge tenue par deux sœurs ou deux femmes qui s’aiment beaucoup… Ou bien les deux au vu de l’étonnante ressemblance qu’elles cultivent tout autant que l’affection qu’elles se portent. Etrange pays tout de même.
Une fois l’excellent repas englouti (une constante pendant le séjour).Nous repartons à travers les marais et autres sous-bois.
La journée touche à sa fin, les montées chèros commencent à nous user et l’avant dernière nous forcera à la contourner avec Thierry. La dernière partie se refusera à nous malgré 9 tentatives et presque 45 mn à se prendre l’autrichienne sur la tronche. Un peu vexés par l’échec on rejoints les autres qui attaquent la dernière montée dite de « l’apéro », montée qu’on ne verra pas. Un peu « usés » par la précédente et n’ayants pas envie de se blesser, on la contournera aussi. On sera bon pour payer l’apéro.
Le dernier chemin nous ramène à l’hôtel, dernier chemin que je mettrais à profit pour me répandre violemment et m’exploser le pouce droit. Il est temps de renter à chaque jour suffit sa pelle comme dirait l’autre !
Retour hôtel-jacuzzi-piscine-repas, on ne se fait pas prier pour aller se coucher, le jour 3 avec le retour de Gilles s’annoncent costaud d’après lui…Maman j’ai peur…

Jour 3

Il fait beau, quelques courbatures commencent à se réveiller et mes mains ressemblent à un tartare, je vais en chier. D’autant plus que suite à ma chute de la veille, l’entorse que je récolte au pouce ne va pas m’aider.
En selle pour tous et on attaque les chemins pas vraiment échauffés en mode GP, Gilles roule vite, très vite et on a un peu de mal à le suivre, chaude l’entame de journée ! Surtout que lui est très loin de rouler vite…Un autre monde quand même.
La première montée nous prends d’ailleurs à froid on jardine tous un peu mais on passe tant bien que mal, non sans y laisser de l’énergie.

Gilles ferme le groupe et c’est un autre guide, un local qui ouvre avec son 530 KT Kinigardner replica… Très gros niveau pour mener un engin pareil dans des chemins aussi tortueux.
Cette matinée s’avère bien moins roulante que la veille, les chemins et les passages bien hardcore se succèdent, Gilles corrige un peu Thierry sur sa position et tout de suite ce dernier se sent mieux , comme quoi ca tient à peu de chose.
Et pis on arrive sur un passage assez anodin, un courte remontée de ruisseau dans les cailloux, suivi d’une montée couverte de feuille qu’il faut bien prendre à droite car à gauche y’a un trou..Un GROS trou. Trou que je vais m’efforcer de viser (quand on dit que la moto va où on regarde..). Je dévie donc de la trajectoire idéale, j’essaye tant bien que mal dans l’urgence de sauter la difficulté ! Magique ca passe, je suis un tueur, à moi le mondial… BrOOOAAAaaaaa paf. Paf ? Comment ça paf ? Rhaaa le coup de piston dévastateur, inattendu, le traitre. Je viens de caler en plein devers, je perds l’équilibre et me prends une bonne pelle en basculant dans la pente avec la brêle tout en prenant bien soin de laisser mon pouce déjà abimé la veille, coincé dans le guidon.
Sur le coup je pense vraiment que je me suis cassé un truc tellement ca fait mal.

Au bout de 10 mn ca va un peu mieux mais je préfère en rester la. Chance ! Le restau est à moins de 5 km par la route de là où nous sommes. Thierry m’accompagne avec Gilles ainsi qu’un des suisses qui s’est brûlé la cuisse en se bourrant juste avant moi.
On arrive dans une splendide chambre d’hôtes, les autres nous rejoignent peu de temps après et comme d’hab’ un repas pantagruélique s’offre à nos voraces fourchettes.

En revanche pour moi la journée s’arrête là, mon pouce a doublé de volume, je suis incapable de tenir un guidon et la douleur est tenace…. C’est Steve qui récupère ma moto, la sienne commençant à donner de sérieux signes de faiblesse.
Je laisse les autres repartir, la mort dans l’âme et je rentre en fourgon avec le vieux mécano de Gilles qui m’offrira une bière et me fera visiter son atelier/bric à brac avant de me ramener à l’hôtel à tire de maigre compensation.
J’attends les autres à la piscine et un premier groupe arrive, Thierry et Steve en font partie, ce dernier s’en est mis une bonne dans un chemin rapide, cassant son casque et se brisant une côte. Bien sonné notre américain pour le coup, la pas du comprendre que c’était pas le désert ici..Comme on dit chez nous « Quand le gravillon git sur la petite route, tout à coup le corps se transforme en croûte! »
Une bonne heure plus tard le reste de la troupe rentre au bercail, bien usée les guides ne les ont pas ménagés pour la dernière journée.
Dernière en effet car l’ardeur des quelques courageux voulant repartir le lendemain matin pour une dernière courte virée, sera refroidie par la présence d’une pluie tenace.

On s’engouffre donc dans l’ambulance/Kuga direction Genève non sans faire un petit stop déjeuner chez les parents de Fanny, qui vont nous recevoir comme des rois. Le retour se fera dans un calme olympien, Didier et votre serviteur ayant abusé des eaux de vie de Bô papa…

THE END

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